Faut-il être souple pour commencer le yoga ?
C'est la phrase que j'entends le plus souvent, au téléphone ou à la fin d'un premier cours : « je voudrais bien, mais je ne suis pas souple ». Elle est dite en s'excusant presque, comme s'il fallait un niveau minimum pour avoir le droit d'entrer.
L'un de mes professeurs m'avait répondu, quand je lui posais la même question : on ne se demande jamais si on est trop sale pour prendre une douche.
Je précise d'emblée : j'ai commencé le yoga avec des douleurs chroniques et un corps très raide. C'est même pour cela que j'ai commencé. Le chemin qui a suivi est raconté ici.
La souplesse n'est pas ce qu'on croit
Quand on dit « je ne suis pas souple », on pense généralement aux ischio-jambiers : ne pas atteindre ses pieds jambes tendues. Mais l'amplitude d'une articulation dépend d'un ensemble de choses — la longueur des muscles, bien sûr, mais aussi la forme des os, l'état des fascias, et surtout le degré de vigilance du système nerveux.
Ce dernier point est le plus intéressant. Quand un corps se sent en danger, il verrouille. C'est une protection, pas un défaut. Forcer une posture, tirer plus fort, envoie précisément le signal inverse de celui qu'on voudrait : le corps résiste davantage. C'est pour cela qu'une raideur ancienne ne cède presque jamais dans l'effort, mais souvent dans le relâchement, la respiration lente, et le temps.
La souplesse est un résultat possible de la pratique. Elle n'en est jamais la condition d'entrée.
Ce qui se passe concrètement dans un cours
Dans mes cours, chaque posture a des variantes, et elles sont proposées d'emblée, pas en rattrapage. Prenons la pince assise, celle qui inquiète le plus les débutants : jambes tendues, buste qui s'incline vers l'avant.
- Genoux fléchis. Le bassin peut enfin basculer, et c'est le dos qui s'allonge au lieu de l'arrière des jambes qui souffre.
- Une couverture roulée sous les genoux. Elle soutient ce que le corps ne peut pas encore tenir seul, et permet de rester plus longtemps — donc de sentir davantage.
- Des briques sous les pieds. Elles rapprochent l'appui : le corps n'a plus à aller chercher au loin ce qu'on peut lui amener.
- La posture de l'enfant. Certains jours, elle dit mieux ce que la pince cherchait.
Aucune de ces versions n'est une version au rabais. Ce sont sept manières d'entrer dans la même intention — toutes visibles sur la page consacrée à la pratique.
Ce qui change avec le temps
La question n'est pas de savoir si tu toucheras un jour tes pieds. C'est de remarquer, au bout de quelques semaines, que la même posture ne se ressent plus pareil : le souffle passe mieux, une zone qui tirait ne tire plus, on tient plus longtemps sans compter les secondes.
Cette progression-là ne se mesure pas en centimètres. Elle se remarque après coup, souvent par de petits signes.
La vraie condition d'entrée
S'il fallait en nommer une, ce ne serait pas la souplesse. Ce serait la curiosité : accepter de sentir ce qui se passe, y compris quand ce n'est pas confortable, y compris quand le corps du jour ne ressemble pas à celui d'il y a une semaine.
Le reste s'apprend. Et la souplesse, si elle vient, viendra en chemin — pas avant de commencer.
Les cours collectifs ont lieu du lundi au mercredi à Mayenne, Moulay et Aron. Un cours d'essai est possible à tout moment de la saison, quel que soit le lieu ou l'horaire choisi. Voir le planning.